« De part en part, il n’y a que rhétorique et bluff dans cet homme-là » : Réponse à la chronique radio d’Éric Zemmour

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Faut-il remercier André Gide pour retrouver en ses mots toute la duperie médiatique d’Éric Zemmour ? A chacun son avis, mais à ce jeu là, je ne pouvais pas trouver meilleure affaire pour m’engager dans cette réponse aux esclandres d’un habitué. Ses tromperies si nombreuses auxquelles s’ajoute une nouvelle depuis sa chronique radio sur les ondes RTL du 2 décembre.

Force est de constater, une fois de plus, la sinistre tournure du discours d’un pur polémiste habitué aux étincelles sans lendemain. C’est donc lors d’une chronique matinale aux contours déjà annonciateur dénommée « On est forcément pas d’accord » que s’engage une discussion d’actualité européenne. Yves Calvi, dans son rôle d’animateur de la matinale, lance les hostilités et annonce l’arrivée en fonction du nouveau Président du Conseil européen Donald Tusk, ouvrant ainsi la voie aux réactions d’Eric Zemmour.

Un pamphlet volontairement adressé à l’Europe

Rien de bien étonnant d’entendre de sa part la dénonciation des institutions européennes comme de ses valeurs. Mais ce n’est pas à ce jeu là que M. Zemmour a décidé de dévoiler ses cartes. C’est sur la Pologne et son représentant nouvellement européen, Donald Tusk qu’il a orienté sa chronique.

Typique de son esprit, E. Zemmour a entrepris de s’arrêter sur le curriculum vitae du nouveau Président du Conseil européen et plus précisément sur ses compétences linguistiques. « Il parle allemand, il apprend l’anglais, le français n’est pas à son programme ». La diatribe est lancée.. D. Tusk ne serait que le choix volontaire d’Angela Merkel et de David Cameron. Un compromis politique selon lui pour dévoiler l’orientation libérale et atlantiste de l’Union européenne. Une conception de la Pologne adoubée par les britanniques tournée vers les États-Unis pour se protéger coûte que coûte des menaces de la Russie.

Avant d’aller plus loin dans sa conception hasardeuse des relations polonaises envers l’UE, il faudrait s’arrêter en premier lieu sur son analyse – linguistique – de l’ancien premier ministre polonais. Chose étonnante, Eric Zemmour a oublié de dire que Donald Tusk parle couramment le russe et qu’il n’écartait pas d’apprendre des notions de français. Voilà qui en dit long dans la réflexion qui va suivre de ce faux départ… Il est aussi bon de rappeler que l’article quinze du Traité sur l’Union européenne impose une élection à la majorité qualifiée du Président du Conseil européen. Ce qui en soit, signifie bien que le Royaume-Uni (isolé et bien éloigné du compromis) et l’Allemagne ne peuvent à elles-seules faire le poids à la table des vingt-huit chefs d’État.

La perpétuelle menace russe

Se donnant lui-même raison dans son analyse mettant la Pologne en situation de vassalité envers les Etats-Unis et l’OTAN, Eric Zemmour se met à relater l’Histoire tourmentée de la Pologne pour y tirer les exemples des différentes « leçons d’Histoire et de Géographie » des occupations du pays. Rien n’est mieux que d’illustrer à sa manière l’asservissement répété des polonais en énonçant des exemples d’alliances aux puissances de l’époque (Napoléon Bonaparte au XIXème, Woodrow Wilson au XXème et en osant même évoquer une alliance des plus fallacieuses entre l’Allemagne nazie d’Hitler et la Deuxième République de Pologne des années trente). Avec cette interprétation tronquée de l’Histoire et ouvertement faite du point de vue des actuels nationalistes polonais, Zemmour apporte sa théorie de la grande Pologne aux frontières qui, jadis, traversaient l’actuelle Ukraine.

Sa manière à lui de théoriser la position offensive voir même agressive des polonais sur la situation en Ukraine à l’égard de Poutine.

Sortons de ces allusions consternantes pour voir qu’en Pologne comme dans d’autres pays de l’ancien bloc de l’Est, les questions de souveraineté nationale et de libertés sont éminemment sensibles puisque politique. Penser ou même laisser croire aujourd’hui que des États comme la Pologne ou ses voisins baltes mèneraient aveuglément et dangereusement les institutions européennes vers un point de non retour envers la Russie est absurde. S’il y a bien de la part de ces États, des craintes sur leurs intégrités territoriales, la raison première de l’engagement de ces derniers est le fruit d’une Histoire similaire et d’une solidarité de fait qui remet aujourd’hui la Russie de Poutine dans une situation d’expansionnisme géopolitique. Ukraine comme Géorgie sont des illustrations contemporaines de cette nouvelle donnée qui, aux yeux d’Eric Zemmour, étrangement, n’apparaît pas comme de la domination.

« En polonais, le mot économie se traduit depuis 20 ans par Europe »

Une fois achevée sa présentation de la ligne politique de Tusk pour les prochaines années dans l’UE, Yves Calvi se penche sur l’économie polonaise et sa bonne santé. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour réentendre la prosodie si chère à Eric Zemmour. En l’espace d’une minute trente, fuse toute la critique mercantiliste de l’Union européenne.

Tout en restant dans son rapport si familier et erroné avec les langues, il se met à développer la similarité de sens dans la traduction polonaise des mots Europe et économie. Idée qu’il se décide d’appliquer en fustigeant la position pragmatique et économiquement favorable de l’activité polonaise.

Pragmatique en énonçant le scepticisme des polonais concernant l’adoption de l’€ mais profitant tout autant (voir plus) que les autres, des fonds européens et du marché unique. Pragmatique toujours en essayant d’imposer une image d’un pays usine composé d’une main d’œuvre qualifiée à bas coût pour l’Allemagne voisine. Cynique enfin en s’en prenant aux « salariés peu exigeants et une monnaie de pacotille, le zloty » qui use et abuse du dumping social européen face aux « remarquables ouvriers rhénans » dans son exemple de l’industrie automobile allemande.

Au delà de son mépris et des inepties habituelles, j’aimerai déjà rappeler un fait historique si cher à E. Zemmour en revenant aux premières années de la construction européenne. Peut-être alors, il se souviendra que la France a elle aussi bénéficié de l’apport économique d’envergure de l’ancienne Communauté Économique Européenne (CEE). Et cela, en dynamisant sans conteste la croissance nationale au sortir de la guerre dans une période que les économistes nomment eux-mêmes les Trente Glorieuses.

Par ailleurs, son exposé montre clairement l’amalgame si facile à entreprendre sur l’Union européenne. L’idée en somme de mélanger libéralisme économique et politiques de convergence de l’Union européenne sous la même bannière. L’économie polonaise quant à elle n’est pas spécialement dopée par l’exportation mais davantage par sa consommation intérieure. Enfin, concernant l’€, la Pologne pays europhile est loin d’envisager un statut monétaire à la britannique. Elle a vocation à devenir membre de la zone euro et si elle ne fait pas le choix d’adopter la monnaie unique aussi rapidement que l’ont fait les pays baltes, c’est en partie pour des raisons d’Histoire, le zloty étant loin de correspondre à une monnaie de « pacotille » dans la mémoire des polonais.

Son suicide français

Un tissu d’affabulation ou de contre vérité à l’image de ses positions de société qu’il n’hésite pas à reprendre lors de ses tribunes. Mais qu’en est-il de sa vision de la France envers l’Union européenne ? N’ayant pas vocation à lire dans ses programmes, je peux quand même m’arrêter sur son dernier propos de chronique. Il laisse à penser que la France fera prochainement figure de bonnet d’âne et de « cocue de l’Histoire ». Une conclusion naturelle avec le même réflexe, celui du repli sur soi, de s’attacher aux principes réactionnaires et valeurs nationales tout en rejetant la construction européenne.

Le mot de l’histoire c’est qu’Eric Zemmour en persistant dans ses retranchements s’enlise dans ses analyses superficielles et ne réalise toujours pas que l’Europe d’hier n’est plus l’Europe d’aujourd’hui !

Alexandre Lémonon

Retrouvez sur le site de RTL la chronique d’Eric Zemmour du 2 décembre : http://www.rtl.fr/actu/international/eric-zemmour-la-pologne-traduit-le-mot-economie-par-europe-7775696837