Russie — Union Européenne : Je t’aime ; moi non plus !


Mercredi 8 octobre, dans le cadre du café européen des Jeunes Européens – Lyon, organisé à l’Ôtentik Café (Lyon 7è), M. Pascal Marchand — Professeur des universités spécialiste de la géopolitique de l’Europe orientale et plus spécifiquement de la Russie et de l’ex-URSS — nous a entretenu des rapports entre la Russie et l’Union européenne.

Ainsi, les replaçant dans la diachronie et la synchronie du monde, il leur a donné un éclairage nouveau.

Historiquement, depuis le démantèlement de l’URSS, la Russie n’a eu de cesse de tenter de se rapprocher d’une UE qui, par tactique ou par maladresse, a fini par la détourner d’elle. Les exemples abondent : de l’ouverture de la Russie au monde capitaliste en 1991 où les experts occidentaux la guident, volontairement ou non, sur la voie d’une inflation galopante, à son éviction du projet aéronautique européen , en passant par le refus de l’aide financière requise pour la construction de ports garantissant l’indépendance de la Russie vis à vis des pays baltes, etc.

La Russie se sent mise au ban de l’Europe, confrontée à la mise en place d’un double standard. De fait, pour l’UE, la sécurité est censée primer sur l’aspect financier, ce que confirme sa politique vis à vis des pays d’Europe de l’est (cf. projet TRACECA), la Russie exceptée ! De même, l’UE préfère considérer la frontière entre la Russie et la Finlande sous un jour moderniste, c’est à dire comme une zone relativement ouverte, mais en revient à une conception westphalienne de la frontière-limite dès qu’on en vient à parler de l’enclave russe de Kaliningrad.

Aussi, jugée par l’opinion russe à l’aune de ses incohérences, l’UE, après avoir bénéficié d’une image positive au début des années 1990, est maintenant considérée comme un groupe de pays « ennemis » ; ce que n’arrange pas la confusion souvent opérée avec l’OTAN du fait de l’entrée successive ou simultanée des pays de l’est dans les deux organisations.

Or, la Russie se considère victime d’une tentative d’encerclement par l’OTAN, contre laquelle elle prépare sa défense —cf. le réarmement, raison principale de l’élection de M.Poutine à la présidence en 2000. En effet, depuis quelques années, les relations russo-américaine se tendent du fait de l’adhésion de pays d’Europe de l’est et en particulier des pays baltes à l’OTAN, de la perception de l’administration Bush comme russophobe, d’avertissements verbaux donnés par la Russie comme l’annonce de « conséquences dans le Caucase » à l’intervention de l’OTAN au Kosovo… Ainsi la crise en Ossétie peut être perçue comme une mise en acte de ces menaces mais elle représente aussi le dernier jalon dans la montée en puissance des avertissements russes puisque la Russie prévoit maintenant l’emploi de l’arme nucléaire comme réaction à toute nouvelle avancée de l’OTAN.

La demande d’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine à l’OTAN, certes rejetée cette année, représente donc une réelle menace pour la paix. D’autant plus que la candidature de l’Ukraine est tout particulièrement inacceptable pour la Russie : d’une part à cause de la franche rupture est/ouest interne à l’Ukraine, mais surtout à cause de leurs rapports privilégiés. Or, dans un contexte économique dégradé (cf. la crise financière), les candidats à la présidence américaine pourraient être tentés de réamorcer le conflit —en relançant la candidature de l’Ukraine—pour détourner leurs électeurs des problèmes intérieurs. Partant, on ne peut que redouter un possible dérapage.

Que fait alors l’UE pour l’éviter ? Constat amer : elle a certes envoyé le Président du Conseil Européen en Russie pour tenter de gérer la crise en Ossétie, mais elle ne parvient pas à s’affirmer comme modérateur constant, faute de trouver une position commune. Ce sont donc à nouveau les Etats qui auront à charge de gérer cette crise.

Fondée sur des faits, qui ne peuvent donc être soumis à controverse, cette analyse prenant faits et cause pour la Russie est sans doute à nuancer. Mais elle a de toute évidence atteint son but : forcer l’assistance à sortir d’une vision manichéenne où la Russie néo-dictatoriale s’opposerait à de louables démocraties ; et lui faire prendre conscience de l’urgence de la situation, un contexte de pré-guerre peu, voire, non ressenti par la population européenne.

Aude RASCLE, Les Jeunes Européens – Lyon

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