Vaclav Klaus : le Président de la République Tchèque


Vaclav Klaus

Vaclav Klaus

La République Tchèque a pris la Présidence du Conseil de l’Union Européenne le 1er janvier 2009. Cet Etat du centre de l’Europe succède donc à la France. Les Jeunes Européens – Lyon veulent vous faire connaître cet article de Marion Van Renterghem paru dans Le Monde daté du 4 janvier sur la personnalité de Vaclav Klaus, le Président de la République Tchèque. Ça fait un peu peur, ça peut même prêter à rire – jaune je l’accorde, mais c’est terriblement instructif ! Je conseille aussi de lire le très bon blog de Jean Quatremer qui, depuis le 1er janvier, nous a déjà livré quelques bonnes lignes sur cette Présidence tchèque (adoption de l’euro ou réaction à la situation au Proche-Orient). Bonne lecture !!


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Une rencontre avec Vaclav Klaus peut être très brève. Nous avons tenté notre chance, à Prague, à l’issue d’un débat qu’il animait sur les vertus du libre-échange. Le président tchèque a belle allure, 67 ans, cheveux blancs et courts, moustache coupée de près, menton volontaire et regard futé, costume sur mesure, anglais parfait, et cet art du bon mot qui vous emballe son auditoire. Il s’avance vers nous avec un sourire poli… qui se transforme, dès l’énoncé du nom de notre journal, en une moue franchement dégoûtée.

– «  Un entretien pour Le Monde ? Non.

« ?? »

« Non, n’insistez pas. Vous êtes de gauche, et si fanatiquement proeuropéen. »

Il dit « fanatically », en grimaçant élégamment. Et tourne les talons, avec ce geste de la main par lequel on se débarrasse d’une mouche.

L’envoyé spécial du New York Times à Prague, Dan Bilefsky, s’est fait renvoyer dans ses buts plus vite encore. Ses questions, envoyées préalablement par courriel, ont été jugées « bizarres » : pas d’entretien. Notre consoeur du Figaro, Stéphane Kovacs, a eu l’honneur de voir sa demande acceptée et de pénétrer l’enceinte du château de Prague. Mais le président n’a pas aimé la première question. Elle n’était pas prévue et portait sur son élection grâce aux voix communistes. Il a tempêté, tapé sur la table, annoncé à l’attaché de presse qu’il était viré. La journaliste a quitté le bureau assez vite.

Vaclav Klaus a, comme on dit, du tempérament. Un agent de la police politique communiste l’avait déjà remarqué, dans les années 1980, et consigné dans un rapport récemment publié dans la presse tchèque : « Par son comportement et ses attitudes, il est clair qu’il se prend pour un génie incompris. Pour lui, quiconque n’approuve pas ses opinions est stupide et incompétent. » Vaclav Klaus parle de manière docte. Il aime qu’on l’appelle « M. le professeur ».

Arrogant, atrabilaire, iconoclaste, un homme à passions et à bêtes noires. Parmi ses hobbies, le Who’s who note le tennis, le ski, le basket, le jazz. Mais sa vraie passion est économique, quasi philosophique : celle d’un libéralisme poussé à l’extrême, dans le sillage des Prix Nobel d’économie Friedrich Hayek et Milton Friedman, et de l’ex-premier ministre britannique Margaret Thatcher, dont il a, rapportent les témoins privilégiés, la photo dans son bureau. Au nom du libéralisme (qu’il a pratiqué plus modérément comme premier ministre), il vocifère contre beaucoup de choses. Contre le « mythe » du réchauffement climatique, par exemple. Son livre, Une planète bleue, pas verte, est une critique de l’idéologie environnementaliste, « aussi dangereuse que le communisme », et des contraintes écologiques qui, comme toute régulation, menacent la liberté de l’homme et du marché.

La plus noire de ses bêtes, ces temps-ci, s’appelle l’Union européenne (UE). Le président l’assimile, avec un sens aigu de la nuance, à l’Union soviétique : dotée du même triple défaut de n’être pas assez libérale, trop peu respectueuse des souverainetés nationales, plus technocratique que démocratique. Une force d’occupation semblable, si on le suit bien, à celle qui envoya ses chars dans l’ancienne Tchécoslovaquie. Il est le seul chef d’Etat européen à refuser d’arborer dans son bureau le drapeau de l’Union européenne : cela lui rappelle trop, dit-il, les drapeaux de l’URSS sur les bâtiments publics tchécoslovaques.

A une très large majorité, les Tchèques adorent. Pas tant son europhobie elle-même que ce côté cactus, fort en gueule, seul contre tous. Ce prestige d’avoir oeuvré aux réformes et aux privatisations, au début de la transition démocratique, alors qu’il était ministre sous la présidence de Vaclav Havel. La cote de popularité du président Klaus, quoiqu’en baisse, dépasse les 60 %. Mais, comme le dit le politologue Bohumil Dolezal, « la fonction de chef d’Etat a un effet magique sur les Tchèques. C’est une survivance de la monarchie. Si un cheval était président, s’il était en plus aussi bien habillé que Klaus, il aurait 50 % de popularité assurée ! »

Provoquer est devenu sa manière d’exister. « Il adore se battre seul contre le courant dominant », note Petr Mach, qui dirige le Centre pour l’économie et la politique, le think tank de Vaclav Klaus. Une habitude puisée de ce temps où, sorti de l’Ecole supérieure d’économie de Prague, il avait étudié en Italie et aux Etats-Unis et conçu une pensée sur le capitalisme, peu conforme à l’idéologie de l’occupant soviétique.

A la fin des années 1960, il organise à l’Académie des sciences tchécoslovaque des séminaires d’économie non marxiste, vaguement tolérés par le régime, puis interdits. En 1970, il est muté à la Banque d’Etat… et reprend, clandestinement, ses petits cercles de réflexion sur une économie alternative. De tous les coins de l’est de l’Europe et de l’Union soviétique, les esprits libres viennent écouter cette forte tête qui ose défier la vulgate marxiste. Pendant la « révolution de velours » qui met fin au communisme, Klaus entre au Forum civique, formation politique issue de la dissidence, devient ministre des finances de Tchécoslovaquie en 1989, premier ministre trois ans plus tard.

Entre le ministre et le président de l’époque, Vaclav Havel, l’ambiance est aussitôt électrique. Tout oppose les deux Vaclav, le mouton noir de l’Europe et l’europhile, l’économiste ultralibéral et l’intellectuel antitotalitaire, fondateur de la Charte 77. L’un tire les ficelles populistes et nationalistes, agite l’épouvantail d’une Union européenne favorisant le retour des Allemands des Sudètes, expulsés de Tchécoslovaquie en 1945 ; l’autre en est navré, lui qui rêve de voir «  l’Europe démocratique, cultivée, s’occuper le plus possible de nos affaires tchèques ».

Klaus, surtout, se vante bruyamment de n’avoir jamais été l’un de ces dissidents au régime communiste qui, comme Havel, l’ont payé de leur liberté. Plutôt que de s’opposer au système, il préférait oeuvrer dans ses limites, avec ses séminaires d’économie. « Vous, les dissidents, vous faisiez de grands gestes, lance-t-il un jour à l’ex-dissident Petr Pithart. Moi, je travaillais ! »

Tout récemment, le président tchèque s’est déclaré « dissident »… de l’Union européenne. C’était à Dublin, le 11 novembre, où il a profité de sa visite officielle pour aller dîner ostensiblement, au nez et à la barbe des autorités irlandaises, avec le héros du non au référendum sur le traité de Lisbonne, l’homme d’affaires Declan Ganley. D’autres eurosceptiques étaient de la partie, comme le souverainiste français Philippe de Villiers et son équipe. Ils trinquèrent tous au dissident Ganley, au dissident Klaus, et à « Bruscou » – leur petit nom pour dire : Bruxelles = Moscou. Les ex-dissidents tchèques s’en sont étranglés.

Le président Klaus n’est pas à une contradiction près. Aux eurodéputés venus le voir en décembre 2008, il a concédé qu’il n’y avait « pas d’autre alternative », pour la République tchèque, que d’appartenir à l’UE. Il a lui-même signé les accords d’association qui ont ouvert en 1996 les négociations pour l’entrée de son pays dans l’Union européenne, qui n’avait pourtant rien de cette Europe des nations perdue dans une vaste zone de libre-échange, dont il rêve.

L’ex-dissident Petr Pithart, aujourd’hui vice-président du Sénat, a son analyse : « Vaclav Klaus craint dans l’Europe le retour de l’URSS, alors que lui-même est un pur produit du communisme : une idéologie qui a suscité l’individualisme effréné et le chacun pour soi. Pour lui, l’Europe ne se conçoit que si chaque Etat peut défendre ses intérêts égoïstes. »

Le président tchèque entretient par ailleurs les meilleures relations avec Vladimir Poutine – qui juge que « le plus grand drame du XXe siècle a été la disparition de l’URSS« . Le dirigeant russe l’a décoré de l’ordre de Pouchkine, entre autres pour sa Planète bleue, pas verte. De son côté, Vaclav Klaus s’est distingué en dénonçant la responsabilité de la Géorgie dans la guerre que vient de lui livrer la Russie. Il est resté très silencieux, lui d’ordinaire si peu réservé, sur l’affaire du projet de radar américain sur le sol tchèque, qui fâche tant les Russes. Premier ministre, il avait tenté de favoriser la vente aux Russes des entreprises tchèques dans les secteurs gazier ou pétrochimique. Le gouvernement s’y est opposé. « Il y eut des disputes et des colères mémorables, se souvient son ex-ministre de l’intérieur, Jan Ruml. Il s’emparait des objets de son bureau et se retenait de justesse de me les jeter à la figure. »

En tant que président de la République, Vaclav Klaus représente moralement son pays qui, depuis le 1er janvier, assure la présidence de l’Union européenne. Il use de toute son influence pour tenter d’empêcher la ratification du traité de Lisbonne, sa dernière bête noire. Contre l’avis du premier ministre Mirek Topolanek, seul aux commandes de l’exécutif, qui, lui, soutient le traité. Le premier est le fondateur du Parti conservateur-libéral, l’ODS, que dirige le second. La cohabitation promet d’être épicée.

Klaus le Praguois n’a jamais tenu en grande estime Topolanek le provincial, lequel lui a succédé à la tête du parti en 2002. Le jour de l’élection, Klaus avait envoyé un SMS, surpris en photo par un journaliste et resté célèbre : « Topo faux et creux. » « Topo », qui ne l’a pas oublié, a pourtant beaucoup fait pour l’élection de Klaus à la présidence de la République en 2003, puis pour sa réélection en 2008, par les deux chambres du Parlement. Il espérait ainsi se débarrasser de lui en lui confiant ce rôle essentiellement protocolaire. « Beaucoup ont cru qu’une fois dans son château, Klaus arrêterait de se mêler des affaires courantes, note Jan Ruml. C’était bien mal le connaître. »

Marion Van Renterghem

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Une réflexion sur “Vaclav Klaus : le Président de la République Tchèque

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