Jeunes Européens – Lyon

Les élections en Roumanie et en Pologne : regards croisés

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Les mystérieuses aventures de la participation politique roumaine et les résultats des élections présidentielles 2014.

Le 16 novembre 2014, Klaus Iohannis a, contre toute attente, remporté les élections présidentielles en Roumanie avec plus de 54% des voix, devançant son adversaire, le social-démocrate Victor Ponta, Premier Ministre depuis mai 2012, annoncé comme favori jusqu’au second tour.

Le plus surprenant, n’est pas tant l’élection de ce candidat, issu de la minorité allemande, soutenu par le Parti de l’Alliance chrétienne et libérale (PNL-PDL), mais plutôt la mobilisation électorale des citoyens roumains.

Depuis vingt-cinq ans, à la chute du régime de Ceausescu, la Roumanie évolue dans un nouveau système politique : la démocratie. Cependant, cette transition n’a pas été accompagnée d’un renouvellement des élites politiques, laissant entrevoir une continuité difficile à contourner.

Si la participation électorale s’élevait à plus de 70% dans les années 90, elle se réduit à 41,76% en 2012, signe de la lassitude de la population roumaine face au phénomène de corruption qui semble paralyser le développement économique du pays et remettre en question la légitimité de son intégration à l’Union Européenne en 2007.

Le problème de la corruption se manifeste par un cercle vicieux : les élites corrompues ont les moyens de se maintenir au pouvoir par des mécanismes de reproduction, c’est-à-dire que seuls les jeunes hommes et femmes politiques soutenant les élites au pouvoir obtiennent des positions politiques importantes. Lors des élections, l’achat du vote des citoyens est pratique courante. Enfin, les médias, détenus par la majorité des hommes au pouvoir, sont tout aussi corrompus et permettent de soutenir les « bons » candidats auprès de la population. Par conséquent, les citoyens roumains se retrouvent à soutenir la corruption en continuant à voter pour des élites qui n’ont pas changées depuis 1989.

Face à ce manque de réactivité, on observe un déclin de la participation politique roumaine qui s’explique d’une part, par la passivité des générations qui ont connu les horreurs du régime de Ceausescu et, d’autre part, par le manque de culture politique chez les jeunes générations. « Malheureusement, la société civile n’existe pas » constate Catalina Daniela Bodros, jeune étudiante bucarestoise de 23ans.

Les élections présidentielles 2014 marquent un tournant pour la Roumanie, affichant un taux de participation électorale de 61% et faisant entrer un nouvel élément en jeu : la mobilisation de la diaspora roumaine.

Se sentant menacé par le poids du vote de la diaspora, Victor Ponta et son gouvernement ont entravé le bon fonctionnement des bureaux de vote à l’étranger pendant le premier tour des élections, entraînant les protestations des roumains à Paris, Londres, Vienne et dans d’autres grandes villes européennes.

Parmi les quatorze candidats à la présidence, la diaspora roumaine soutenait particulièrement Monica Macovei, ancienne Ministre de la Justice et actuellement eurodéputée au Parlement européen (PPE), connue pour son combat contre la corruption, et Klaus Iohannis, maire de la ville de Sibiu, relativement nouveau sur la scène nationale et qui semble s’engager contre la corruption.

Aujourd’hui élu, Klaus Iohannis est pourtant visé par un procès d’incompatibilité qui le renvoie à un conflit d’intérêt, ayant eu lieu il y a quelques années, entre sa fonction politique de maire de Sibiu et son statut de représentant d’une entreprise au conseil municipal. Si l’incompatibilité est prononcée, de nouvelles élections présidentielles devront être organisées en 2015. Affaire à suivre…

Lucile Rossat

 

En Pologne, les urnes font leur révolution

Titre tape à l’œil ou nouvelle révolution copernicienne au pays de l’illustre savant ? Ni l’un, ni l’autre. Plutôt un novembre glacial. Il faut revenir vingt-cinq ans en arrière pour se rendre compte que la Pologne n’a plus l’habitude d’un tel climat politique au sortir d’une élection. Pour en avoir le cœur net, il suffit d’énumérer les quelques événements qui ont ponctué la scène politique ces derniers jours. Six jours d’attente pour la publication officielle de résultats d’élections dans un pays de 30 millions d’électeurs. Le Président de la République Bronisław Komorowski annule une visite officielle au Japon; les locaux de la Commission électorale nationale envahie par des extrémistes, démission en chaîne des responsables de cette même Commission et contrecoup politique de plusieurs partis de l’opposition contre ce qu’elle qualifie de corruption au sommet de l’État et « falsification » de scrutin.

16 novembre : chronique d’un dimanche à volter !

Tout commence le 16 novembre dernier lors d’élections locales renouvelant l’ensemble des conseillers locaux, municipaux et régionaux. Un scrutin test pour la nouvelle chef du gouvernement, Ewa Kopacz en fonction depuis septembre. Entourée de ses ministres, la formation Plateforme Civique (PO) dirige depuis 2007 une majorité de centre-droit de tradition libérale pro-européenne alliée au Parti Paysan Polonais (PSL) agrarien et centriste.

Élections intermédiaires fixé mi-novembre, la coalition au pouvoir affrontait pour la première fois en six ans les premiers mauvais sondages plaçant les deux partis (en intention de vote) derrière la formation conservatrice et eurosceptique Droit et Justice (PiS) menée par Jaroslaw Kaczynski (jumeau du défunt président).

Pour le gouvernement, ces sondages préparaient de la moins bonne des manières les prochaines élections présidentielles et législatives. Mais ce soir de 16 novembre, ce sont ces mêmes sondages qui ont fait office de résultats provisoires pour les médias et les électeurs. Aucun résultat officiel n’a pu être communiqué. La cause ? Des bugs et une panne informatique dans le nouveau système de comptage des voix et le piratage informatique du site de la Commission centrale électorale. Une belle pagaille sur les plateaux télé avec des fuites évoquant des victoires de candidats dans d’autres villes que celles où ils étaient inscrits. Cacophonie, rumeurs de corruption et appels politiques à retourner aux urnes.

À qui la faute ?

Malgré cette situation inédite, les erreurs de calcul se sont avérées limitées et ont permis au gouvernement polonais d’éloigner toute nouvelle tenue d’élections (privilégiant si nécessaire un recomptage à la main des votes). Difficile à ce stade de connaître les tords et les responsabilités de chacun, néanmoins, au centre de cette tourmente apparaît le nouveau système informatique. Une erreur certaine pour son inauguration fait dans la précipitation. La société privée qui a remporté le marché public n’avait que trois mois pour mettre en place le système de comptage des voix. Une incompétence avérée de la part de la Commission électorale (PKW) de s’assurer au préalable du bon fonctionnement du comptage. La conséquence ne s’est pas fait attendre avec la démission de l’ensemble de ses membres sous la pression politico-médiatique.

La faute aussi au scrutin complexe et à ses différents modes d’élection qui ne donnent pas nécessairement l’avantage à la formation ayant le grand nombre de voix. La preuve en est faite lors de l’annonce officielle des résultats avec une légère avance pour le parti conservateur Droit et Justice sur les deux formations du gouvernement. Victoire relative pour Droit et Justice puisqu’il remporte moins d’élus que la Plateforme Civique d’Ewa Kopacz pourtant arrivée en seconde place.

Enfin il est indéniable que ces tensions prennent aussi racine dans la recrudescence des nationalistes et de l’extrême droite polonaise. Un mouvement de plus en plus implanté et envenimé par les récentes tensions avec la Russie. Un nationalisme exacerbé qui ne cesse de gangrener la scène politique nationale et de fragiliser les règles du jeu démocratique.

Une société clivée sur ses symboles

Le 11 novembre dernier, jour de fête et d’union nationale en Pologne, est sans doute l’une des meilleures illustrations de la division profonde de la société polonaise. Une fête nationale en ordre dispersé marquée par la violence et la polémique.

La violence d’abord. Alors que les commémorations officielles rassemblaient à Varsovie, (Place Piłsudski) la classe politique autour de la flamme du soldat inconnu – se déroulait non loin de ce lieu de mémoire une marche du Mouvement national (collectifs d’associations d’extrême droite et groupuscules hooligans). Une dizaine de milliers de manifestants venus en découdre avec la police et défiler à la gloire d’une autre Pologne aux chants nationalistes et xénophobes. Marche finalement dissoute par la police après les exactions et violences commises le long du cortège. Cette manifestation n’est pas la première, elle est dans la continuité d’une sinistre tradition. En 2013, des manifestants de la marche avaient réussi à incendier une œuvre artistique représentant un arc-en-ciel en fleurs de papier sur l’une des places de la capitale. Des heurts et affrontements répétés d’une violence inégalée depuis la chute du communisme.

La polémique ensuite lorsque le parti Droit et Justice ait décliné sa participation à la manifestation pacifique à laquelle toutes les grandes formations politiques ont répondu présent. Une célébration marquée par l’absence de Jaroslaw Kaczynski. Celui-ci ayant choisi de se rendre à Cracovie et célébrer cette journée – fête de l’indépendance polonaise – en se rendant sur la tombe de son frère Lech.

Ces deux événements récents sont symptomatiques et plus profonds qu’il ne paraît. Ils mettent en perspective la division des polonais sur les grandes orientations du pays pour l’avenir. L’Union Européenne à elle seule fait converger les opinions les plus diamétralement opposées. Le 10ème anniversaire de l’entrée de la Pologne au sein de l’UE a été aussi l’occasion de retrouver ces divisions. Donald Tusk, prochain Président du Conseil européen n’a pu que constater les divergences lors de la sortie d’une vidéo de promotion de la Pologne dans l’UE en pleine campagne des élections européennes. Son gouvernement avait essuyé les plâtres des invectives d’une frange de la population via les réseaux sociaux et site d’hébergement de vidéos.

Alexandre Lémonon

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